Niger : Construction annoncée d’une centrale de 2000MW, l’ambition Sahélienne pour le nucléaire civil !

Par : AMMA Moussa

Une ambition nucléaire :  

Dans l’espace confédéral de l’alliance des Etats du Sahel, il semble s’engager une course effrénée pour l’appétit vorace de l’autosuffisance en énergie électrique. Une aspiration légitime et naturelle pour tous ceux qui estiment que l’Afrique a aussi droit au chapitre dans la quête du bonheur. Ainsi après le Burkina et le Mali, le Niger annonce son projet de construction d’une centrale nucléaire, lors de la table ronde de Moscow, tenue en marge du Forum Atomique Mondial, le jeudi 25 septembre 2025. L’annonce du Niger confirme cette ambition en gestation dans les pays du Sahel depuis leurs rupture avec les partenaires traditionnels occidentaux. Selon le ministre nigérien des mines, le commissaire colonel Abarchi Ousmane, qui est à sa deuxième visite officielle en Russie après celle qu’il a effectuée en Novembre 2024, le Niger projette de construire « une centrale nucléaire à deux réacteurs de 1000 mégawatts chacun ». Une ambition qui découle de la « profonde conviction » de son pays « à exploiter ses gisements avec des technologies de pointe » et avec « la Fédération de Russie comme partenaire ». Une note d’information du ministère, ajoute que cette ambition s’aligne à la vision du forum, dont la thématique est intitulée, « D’un nouvel ordre technologique à une nouvelle vision du monde ».  A voir la composition de la délégation nigérienne à cette table ronde, constituée notamment du ministre des mines, la ministre de l’énergie, la Présidente de Haute Autorité Nigérienne de l’Énergie Atomique (HANEA) et du Directeur Général de la SOMAÏR, on ne peut que confirmer, la traduction de la nouvelle orientation stratégique du pays sous l’égide du conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), celle notamment d’une rupture souverainiste et d’une diversification des partenaires. Une politique qui s’articule notamment autour de la transformation de la principale matière première du pays à savoir l’uranium à travers le nucléaire civil.   

Le Niger sur les traces du Mali et du Burkina : 

Le Niger complète ainsi la série d’annonces de ce genre, en vogue dans l’espace Sahélien depuis la création de l’espace confédéral de l’AES et la rupture avec la France et les partenaires occidentaux. Il y’a presque deux ans de cela, le Mali et le Burkina Faso avaient annoncé la signature en Octobre 2023, avec le géant Russe de l’Uranium ROSATOM, des contrats visant la construction éventuelle des centrales nucléaires dans ces deux pays. Bien qu’il ne s’agisse là que des simples déclarations d’intention, on peut tout de même remarquer que les pays du Sahel sont en train de dessiner le nouveau modèle de coopération auquel ils aspirent dans les années à venir. 

La Russie comme nouveau partenaire énergétique de l’Afrique 

La Russie se pose désormais comme le partenaire naturel de l’Afrique dans ce nouveau partenariat énergétique. En dehors du Sahel, l’expertise nucléaire Russe semble intéresser beaucoup d’autres pays sur le continent. Lors du même Forum évoqué plus haut, le directeur général de ROSATOM, Alexeï Likhatchov et le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timotheos, ont signé avec ROSATOM un plan d’action pour développer une centrale et former ses spécialistes. Le document, paraphé en présence des dirigeants des deux pays, prévoit la mise en place d’un groupe de travail chargé de détailler le projet, l’élaboration d’une feuille de route menant à l’étude de faisabilité, ainsi que la préparation d’un accord intergouvernemental. Au-delà de l’infrastructure elle-même, il inclut un volet de développement des compétences : la formation du personnel scientifique et technique, le soutien à la mise en place d’une base nucléaire nationale et l’élargissement des usages civils de l’atome. Pour Addis-Abeba, qui vient de lancer le barrage de la renaissance (6000MW), ce partenariat ne se limite pas à la seule production d’électricité. Il s’agit aussi de renforcer l’autonomie énergétique, d’accompagner l’industrialisation du pays et de préparer l’avenir en s’appuyant sur une technologie de pointe maîtrisée en coopération avec Moscou.

L’électricité nucléaire en Afrique : Un défi de taille

De toute évidence, on peut constater, le réveil peut-être assez tardif, des pays africains pour le nucléaire civil. Mais entre les déclarations d’intention et les projets concrets, il y’a du chemin à parcourir, et lorsqu’on regarde l’état de recherche scientifique et l’infrastructure éducative existante de la plupart des pays africains, il y’a de quoi nourrir le scepticisme. D’autant plus que, jusqu’en 2017, il n’y avait qu’un seul pays sur le continent qui dispose d’une centrale nucléaire, à échelle moyenne (920 MW×2) à savoir la République Sud-Africaine. La centrale construite par l’opérateur français  Alstom et mise en service en 1984-1985, est pilotée par la société nationale d’Electricité Eskom  . Toutefois, les projets similaires ne cessent de foisonner sur le continent. Depuis 2017, le même groupe ROSATOM est en train d’en construire une autre en Egypte et en Turquie ( Centrale de Akuryu) Mais la construction d’une centrale nucléaire, du fait de sa complexité et des risques qu’elle présente (Three mile island, Tchiernobyl, Fukoshima) demande beaucoup de temps, d’étude et d’expertise. Même pour des opérateurs déjà expérimentés, la construction d’un tel édifice peut s’étendre sur une dizaine d’années. Pour les pays du Sahel, l’enrichissement de l’uranium, le risque sécuritaire, la formation des ressources humaines ainsi que celui de la sécurité de la structure (refroidissement des réacteurs) peuvent autant présenter des obstacles majeurs. 

Une justice énergétique par le nucléaire : Pour des pays comme le Niger, l’électricité nucléaire est avant un outil de justice climatique. Le pays exploite le « yellow-cake » depuis le début des années 1960. Pourtant moins d’une personne sur cinq a accès à l’électricité dans le pays. La capitale vit de façon récurrente, au rythme des coupures d’électricité. La situation est aussi assez similaire dans les autres capitales de l’AES notamment à Bamako. Pourtant les pays disposent de la matière première. On estime à plus de 12.000 tonnes les réserves Maliennes d’uranium (AEN). A cette date, plus de 150.000 tonnes d’uranium ont été produites à partir du Niger. Paradoxalement, en France, une ampoule sur trois est allumée grâce à l’uranium du Niger et c’est aussi en grande partie, à travers l’uranium nigérien que la multinationale française Areva (aujourd’hui ORANO) a bâti sa réputation. Aujourd’hui encore, l’opérateur Français continue de construire des centrales nucléaires dans le monde alors qu’il en a toujours refusé d’en construire, ne serait-ce qu’une seule au Niger, même lorsque les dirigeants en avaient exprimé le besoin. En 2007, un ancien président Français avait même qualifié de « pharaonique » l’idée d’un tel projet, lorsque son homologue Nigérien Tandja Mamadou en avait évoqué l’éventualité. Si Orano peut construire des centrales ailleurs pourquoi pas alors au Niger ou au Sahel ? Ce n’est pas une question de géographie, c’est une question de politique, d’injustice et de domination. Comprend à juste titre le sourire étonnant d’un président Poutine lors du discours du ministre des mines à la table ronde de Moscow. C’est donc une étape historique qui est en train d’être amorcée en Afrique notamment dans le Sahel. Mais les pays Africains en général et Sahélien en particulier, doivent aussi faire attention à ne pas commettre les mêmes erreurs. S’il est vrai qu’à cœur vaillant, rien n’est impossible, il est tout aussi vrai que l’union fait la force. Au lieu d’éparpiller les énergies, pourquoi ne pas les unir ? Au lieu des petits projets dispersés, les pays du Sahel auront tout à gagner à fédérer leurs projets énergétiques, comme beaucoup d’experts l’ont d’ailleurs suggéré. En plus, au regard de la complexité et des enjeux, les pays du Sahel doivent penser en termes d’un hub énergétique Sahélien d’électricité nucléaire et d’une interconnexion sous régionale. Les pays du Sahel doivent aussi et surtout miser sur la formation des ressources humaines dans ce domaine précis car pour l’instant, seul le Burkina semble aller dans ce sens.  Mais une autre question encore plus cruciale: Qui va financer le projet et comment?